16 mars 1914 : le jour où la liberté de la presse en France a été mise à mal par la femme d’un ministre | Les Coulisses de l'Histoire
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16 Mar 16 mars 1914 : le jour où la liberté de la presse en France a été mise à mal par la femme d’un ministre

Je souhaiterais aujourd’hui vous parler d’un événement qui a défrayé la chronique au début du XXème siècle et qui est retombé dans l’oubli depuis. Cet événement s’est produit le 16 mars 1914, il y a 102 ans jour pour jour. Ce jour-là, la femme du ministre des Finances Henriette Caillaux, assassine le directeur du Figaro, Gaston Calmette, de plusieurs coups de revolver.

L’attentat

La femme du ministre arrive dans les locaux du Figaro à 5 heures de l’après-midi. Gaston Calmette est en rendez-vous à l’extérieur. Elle l’attend près d’une heure. A son arrivée, il la reçoit en entretien. A peine entrée dans le bureau directorial, Henriette Caillaux tire six coups de revolver. Quatre d’entre eux atteignent leur cible en blessent gravement le directeur qui, emporté par les secours, a le temps de déclarer à ses collaborateurs : « J’ai fait mon devoir… mes amis… mon journal ». Il décède 6h plus tard à l’hôpital.

Cet attentat est le tragique épilogue d’une ardente polémique de presse engagée par le directeur du Figaro contre le ministre des Finances : Joseph Caillaux. Gaston Calmette considérait le ministre comme un fléau national et voulait en débarrasser le pays.

Restée à la rédaction en attendant la police, Mme Caillaux déclare : « Il n’y avait que le revolver pour arrêter cette campagne. Puisqu’il n’y a plus de justice en France, c’était à une femme de s’en charger. » Lors de son interrogatoire, elle dira qu’elle n’avait pas l’intention de le tuer. « J’ai seulement voulu lui donner une leçon » déclare-t-elle.

Qui étaient Joseph et Henriette Caillaux ?

Henriette Caillaux, née Raynouard, voit le jour en 1874. Epouse légitime de Joseph Caillaux, elle vit avec lui une liaison amoureuse bien avant leur mariage, alors même que Joseph est encore marié. Il l’épousera dès son divorce prononcé.

Joseph Caillaux est né en 1863. Elu député en 1898, plusieurs fois ministre des Finances, et même président du Conseil de juin 1911 à janvier 1912, il est le père de l’impôt sur le revenu. « J’ai doté la France d’une fiscalité moderne », aime-t-il à répéter. En 1914, Joseph Caillaux, exerce la fonction de Ministre des Finances dans le gouvernement du cabinet Doumergue, lorsqu’il subit des attaques politiques virulentes orchestrées par ses adversaires Aristide Briand et Louis Barthou.

La campagne de presse

Ces derniers, bien décidés à en finir avec lui, chargent Gaston Calmette (1858-1914), le directeur du journal Le Figaro, d’organiser l’offensive. Le but est simple : faire échouer à tout prix la ligne politique incarnée par celui qui attise les haines de la droite nationaliste depuis des années. Ils accusent Joseph Caillaux de germanophilie et d’intelligence avec l’Allemagne. Il est vrai que ce dernier envisageait une politique d’entente avec l’Allemagne. Il s’était d’ailleurs opposé avec les socialistes à la « loi des trois ans », qui allongeait la durée du service militaire d’une année. Pacifisme et fiscalisme réunis en une seule personne : Joseph Caillaux était l’un des hommes les plus haïs de France.

Dans sa campagne de presse à l’encontre du ministre, Calmette n’hésite pas à faire paraître dans les colonnes du Figaro des courriers échangés par Joseph Caillaux et Henriette Caillaux datant d’avant leur mariage. En s’attaquant à Gaston Calmette, Henriette cherchait avant tout à protéger son mari et à préserver son honneur.

Le procès

Ainsi la question du mobile et de la préméditation est l’enjeu du procès qui s’ouvre à Paris le 20 juillet 1914. L’émotion dans le pays est à son comble. Mme Caillaux décide de plaider coupable. Fait exceptionnel, le président de la République est cité à comparaître. Les lettres produites au procès ne contiennent rien de politique. La défense, très habile, en la personne de Maître Fernand Labori (1860-1917), ancien défenseur de Dreyfus et de Zola, exploite des stéréotypes sexistes encore bien ancrés dans les mœurs. Le jury est convaincu que le crime n’est pas le fait d’un acte prémédité mais d’un réflexe féminin incontrôlé, transformant le crime mûrement préparé en crime passionnel.

Henriette Caillaux lors de son procès. © Roger-Viollet

Henriette Caillaux lors de son procès – © Roger-Viollet

Fernand Labori obtient ainsi l’acquittement de sa cliente le 28 juillet 1914. Mais le scandale oblige Joseph Caillaux à démissionner de son mandat, ce qui arrange Poincaré et ses amis et donne indirectement raison à Gaston Calmette.

Le 29 juillet 1914, le journal L’Humanité titre sur deux colonnes à la une : « Mme Caillaux acquittée ». Le Figaro, quant à lui, titre: « Le verdict de la honte ». Chacun de ces 2 journaux réservera respectivement 4 et 1 colonnes à la déclaration de guerre de l’Autriche à la Serbie suite à l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand. L’assassinat de Jean Jaurès le 31 juillet et l’imminence de la guerre en France seuls parviendront à chasser l’affaire Caillaux de la Une.

Le couple voyagera beaucoup par la suite. Joseph Caillaux et son épouse ne finiront pas leurs jours ensemble, c’est séparée de son mari qu’elle s’éteint en 1943.

Photo de couverture: Couverture du « Petit Journal » du 29 mars 1914.

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