14 mai 1610 : le bon roi Henri IV est assassiné par François Ravaillac | Les Coulisses de l'Histoire
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14 Mai 14 mai 1610 : le bon roi Henri IV est assassiné par François Ravaillac

L’assassinat d’Henri IV reste dans la culture populaire l’un des événements marquants de l’Histoire de France. Sa mort marque le début d’un mythe national, celui du « bon roi Henri » qui réussit l’exploit de mettre un terme aux guerres de religion qui ensanglantaient la France depuis près de 50 ans, et qui restaura la prospérité du royaume à la seule force de son poignet. Henri IV, si décrié de son vivant, est ainsi devenu après sa mort, une figure unificatrice.

Le contexte de l’assassinat

En 1598, Henri IV, promulgue l’édit de Nantes qui permet aux protestants de pratiquer leur culte librement. De grands seigneurs catholiques lui en tiennent rigueur.  Malgré l’édit de Nantes, la paix en Europe reste toujours menacée par la diversité des religions et l’impérialisme des grandes puissances. Un projet de guerre contre les souverains catholiques d’Espagne et d’Autriche, dont les troupes menacent les frontières du royaume, est même en réflexion.

Charlotte de Montmorency par François Rubens

Charlotte de Montmorency par Rubens

A ce fragile équilibre européen vient s’ajouter une histoire de cœur. A 57 ans, le roi est amoureux comme un adolescent. Il devient coquet, se change et va même jusqu’à se laver, lui dont l’hygiène n’a jamais été le souci principal. Lors d’une répétition d’un ballet au Louvre, le vieux monarque tombe littéralement sous le charme d’une des danseuses Charlotte de Montmorency âgée de 14 ans. Dès lors, il n’a plus qu’une idée en tête : en faire sa maîtresse alors qu’elle est déjà fiancée à l’un de ses amis  (autres temps, autres mœurs). Henri IV rompt les fiançailles et marie Charlotte à son cousin, le prince de Condé (qui préfère les hommes). Le roi pense qu’il fera un époux complaisant. Malheureusement, l’idylle tourne court. Le Prince de Condé refuse de jouer les maris cocus et emmène sa jeune épouse en Belgique, possession alors espagnole où règnent les Habsbourg. Le roi, furieux, se décide à déclarer la guerre à l’Espagne pour récupérer sa jeune maîtresse.

Cette guerre est très impopulaire dans le royaume. Les catholiques s’offusquent de cette opération coûteuse, condamnée explicitement par le pape. Henri IV le sait mais sa décision est irrévocable.

Avant de partir en campagne, Henri IV se résout à faire sacrer son épouse Marie de Médicis à la basilique de Saint-Denis. En son absence, ce sera elle la régente du royaume. Henri IV n’aime pas sa femme qu’il surnomme allégrement « la grosse banquière » (il l’avait épousée pour sa dot et sa maîtresse de l’époque Henriette d’Entragues l’avait affublée de ce surnom peu reluisant) mais il veut assurer la continuité monarchique. En tant que mère du futur roi, (Louis XIII), Marie de Médicis a toute la légitimité pour s’occuper du royaume en l’absence d’Henri IV.

Le sacre a lieu le jeudi 13 mai 1610, la veille de l’assassinat. L’entrée triomphale de Marie de Médicis dans la ville de Paris est prévue pour le dimanche suivant : le 16 mai. Enfin la date du mercredi 19 mai est prévue pour le départ d’Henri IV sur le front.

Sacre de Marie de Médicis par le peintre Rubens

                           Le couronnement de Marie de Médicis à Saint-Denis, le 13 mai 1610 par Pierre Paul Rubens

Le 14 mai 1610

François Ravaillac

             François Ravaillac

Il fait très beau sur Paris ce 14 mai 1610. Henri IV a très mal dormi durant la nuit. Il se lève à l’aube, s’habille, donne des audiences et se rend à la messe. Il apprend que Sully son ministre des Finances est souffrant. Il décide de lui rendre visite dans sa résidence de l’Arsenal à l’est de Paris. Il est un peu plus de 16h lorsqu’il monte en voiture. Près de lui ont pris place plusieurs gentilshommes de la cour dont le duc d’Epernon. Le carosse s’engage dans Paris.  A hauteur de la rue de la ferronnerie, l’attelage est bloqué par un chariot de foin. C’est alors qu’un colosse à la barbe rousse habillé de vert, saute sur le rayon de la roue arrière, se penche à l’intérieur et de la main gauche plonge par trois fois sa lame dans la poitrine du roi. Le souverain tente de rassurer ses amis « Ce n’est rien ! » mais un flot de sang envahit sa bouche. La veine cave et l’aorte ont été tranchées. Le foule se jette sur Ravaillac mais le duc d’Epernon s’interpose « Ne frappez pas, il y va de votre tête ». Le régicide est aussitôt maîtrisé et traîné dans un hôtel voisin puis à la prison de la Conciergerie pour y être interrogé. La vie d’Henri IV, roi de France et de Navarre s’arrête là, sous le couteau de Ravaillac… la légende commence !

Le mystère Ravaillac

L’homme qui a attenté à la vie du roi pour la énième fois après tant d’autres, est un fanatique catholique, sujet à des visions. Il s’est donné pour mission de détourner le roi de son criminel dessein de faire la guerre aux puissances catholiques. Sa résolution, fortifiée par les paroles de ses confesseurs, s’est tournée vers le régicide. Durant tout son interrogatoire, durant lequel il est torturé à maintes reprises, Ravaillac s’obstine à revendiquer sa seule responsabilité. Condamné au supplice, il est emmené en place de Grève (notre actuelle place de l’Hôtel de Ville) le 27 mai 1610 pour y être écartelé.

Mais rapidement, la thèse de l’assassin solitaire est remise en question et de nombreuses thèses complotistes voient le jour. En voici quelques unes parmi tant d’autres:

  • On a soupçonné l’ordre religieux des Jésuites d’avoir poussé Ravaillac au meurtre du roi, ancien protestant et un peu trop allié aux princes protestants allemands dans sa lutte contre les grandes puissances catholiques soutenues par le pape.
  • Henriette d’Entragues, ancienne maîtresse du roi, à qui Henri IV avait promis le mariage (promesse qu’il ne tint jamais) a également été soupçonnée d’avoir armé le bras de Ravaillac.
  • On a même soupçonné la reine Marie de Médicis et ses proches, catholiques dévôts et ennemis des protestants, d’avoir comploté contre le roi. Il est troublant que l’assassinat arrive pile au lendemain du couronnement de la reine et avant le déclenchement du conflit contre l’Espagne. Par ailleurs, très vite après la mort du roi, Marie de Médicis se rapproche de l’Espagne et concrétise en 1615 une alliance avec un double mariage franco-espagnol : son fils le roi Louis XIII épouse Anne, infante d’Espagne et sa fille Elisabeth, épouse Philippe IV d’Espagne.

L’affaire Ravaillac reste ainsi l’une des plus grandes énigmes de l’Histoire de France et des générations d’historiens ont tenté de la résoudre. L’hypothèse la plus couramment admise reste néanmoins celle d’un acte solitaire commis par un déséquilibré, mais comme nombre d’énigmes historiques on ne pourra jamais l’attester de manière formelle.

Et Charlotte de Montmorency dans tout ça?

Charlotte de Montmorency n’apprend la mort du roi qu’une fois arrivée à l’étranger. Elle ne reviendra que plus tard à Paris avec le prince de Condé qui sera comblé de grâces par la régente. Charlotte donnera 3 enfants à son mari mais ne l’aimera jamais véritablement. En 1643, elle deviendra la marraine d’un tout jeune dauphin de France, le futur Louis XIV !

Photo de couverture : L’assassinat du roi et l’arrestation de Ravaillac, le 14 mai 1610 Huile sur toile de Charles-Gustave Housez, Pau, musée national du château de Pau – © RMN/René-Gabriel Ojéda

 

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