La légende de la tombe de Victor Noir | Les Coulisses de l'Histoire
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22 Mai La légende de la tombe de Victor Noir

La tombe de Victor Noir (1848-1870), est aujourd’hui l’un des monuments les plus visités du cimetière parisien du Père-Lachaise. Avant de vous expliquer pourquoi, je souhaiterais revenir sur la mort de Victor Noir, qui n’a finalement rien à voir avec la raison pour laquelle sa tombe est si célèbre.

Récit de la mort de Victor Noir

 

Portrait de Victor Noir

        Victor Noir

Victor Noir, de son vrai nom Yvan Salmon, est journaliste sous le Second Empire. A cette époque, Louis-Napoléon Bonaparte, le neveu de Napoléon Ier, règne sur la France sous le nom de Napoléon III. En 1870, Victor Noir, à peine âgé de 22 ans, travaille pour La Marseillaise, un journal révolutionnaire et violemment anti-bonapartiste.

En janvier 1870, le prince Pierre Bonaparte, (neveu de Napoléon Ier et cousin de Napoléon III), s’estime diffamé par un article de La Marseillaise. Il provoque alors en duel son rédacteur en chef, Pascal Grousset. Ce dernier envoie Victor Noir au domicile du prince, 9 rue d’Auteuil, en vue d’organiser le duel.

Pierre Bonaparte âgé de 55 ans est un homme violent et sanguin. Il s’emporte rapidement par nature. Il s’offusque lorsqu’il s’aperçoit que le rédacteur en chef de La Marseillaise lui envoie un gamin de 22 ans pour fixer les modalités du duel. Le ton monte, et au bout de quelques minutes Pierre Bonaparte sort un pistolet de sa poche et tue à bout portant Victor Noir dans son salon. Fin tragique d’un quelconque fait divers pourrait-on penser. Et pourtant…

Une mort qui fait chanceler le régime du Second Empire

Les autorités, qui craignent des émeutes populaires, prennent la précaution d’organiser l’enterrement de la victime dans le cimetière de Neuilly, au cœur des quartiers bourgeois de la capitale. En dépit de cela, l’émotion de la foule débouche sur de violentes manifestations hostiles à l’Empire et à Napoléon III. Pierre Bonaparte, conduit en justice après l’assassinat de Victor Noir est acquitté par la Haute Cour de Justice le 21 mars 1870, ce qui ne fait que renforcer les manifestations républicaines.

Le meurtre de Victor Noir par le cousin de l’empereur marque ainsi le début d’une agitation politique à l’encontre du régime qui ne cessera qu’à la chute de Napoléon III quelques mois plus tard.

En 1885, sous la présidence de Jules Grévy, la dépouille de Victor Noir est transférée au cimetière du Père Lachaise. La République souhaite ainsi honorer Victor Noir, devenu le symbole du martyre républicain. Son tombeau est élevé par souscription nationale et l’on confie au sculpteur Jules Dalou, la réalisation du monument.

Naissance de la légende grivoise

Jules Dalou a représenté Victor Noir au moment de sa mort. On peut ainsi voir la statue d’un jeune homme de 22 ans, en pleine force de l’âge, qui avait d’ailleurs pour projet de se marier rapidement. L’œuvre est conçue dans un réalisme dénué de tout ornement. La bouche est ouverte, les mains gantées, les vêtements dégrafés, le chapeau a roulé.

Pour montrer toute la vigueur du défunt au moment de sa mort, Jules Dalou a doté son œuvre d’une virilité bien moulée par le pantalon. De cette irrégularité sculpturale serait née une légende selon laquelle certains attouchements sur la partie virile du gisant apporteraient fécondité aux jeunes femmes.

Cette tradition semble être plutôt courante à en croire la partie incriminée du gisant, qui a retrouvé l’aspect brillant d’origine du bronze à force d’être lustrée.

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