Et si l'Aiglon avait défié son père? | Les Coulisses de l'Histoire
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29 Mai Et si l’Aiglon avait défié son père?

Je souhaiterais vous parler aujourd’hui d’un roman que je viens de terminer et pour lequel j’ai eu un véritable coup de cœur : « L’empire en héritage » de Serge Hayat.

Dans ce roman, que je qualifierais de fiction historique, l’auteur invente un destin au fils de Napoléon Ier et de l’impératrice Marie-Louise.

Petit rappel historique au préalable

 

Le souhait d’un héritier

En 1809, l’empereur des Français Napoléon Ier et Joséphine de Beauharnais sont mariés depuis 13 ans mais leur mariage est toujours stérile. Joséphine a pourtant eu 2 enfants de son premier mariage. Sa fille Hortense a d’ailleurs épousé Louis Bonaparte, le frère de l’empereur, et un de leurs fils Louis-Napoléon deviendra empereur des Français en 1851 sous le nom de Napoléon III.

Napoléon pense donc qu’il est à l’origine de la stérilité du couple.  Mais lorsque sa maîtresse Eléonore Denuelle de La Plaigne lui donne un fils, Charles Léon, il réalise avec joie qu’il peut procréer. Son souhait d’avoir un héritier pour pouvoir fonder une dynastie s’en trouve grandement renforcé.

La mort dans l’âme, il décide de se séparer de Joséphine, qui ne parvient pas à lui donner d’enfant. La pauvre Joséphine n’a plus qu’à se plier à la raison d’état. Le 15 décembre 1809, les époux Bonaparte demandent donc la dissolution de leur mariage.

Désormais libre, l’empereur se cherche une nouvelle épouse. Son choix se porte sur Marie-Louise, fille aînée de l’empereur d’Autriche François Ier, et (comble de l’Histoire) petite nièce de l’infortunée Marie-Antoinette (guillotinée par les Français, 17 ans auparavant). Le mariage qui vient sceller un traité de paix entre la France et l’Autriche est célébré en mars 1810.

La naissance du roi de Rome

Le Roi de Rome

Un an après, le 20 mars 1811, la jeune impératrice accouche de l’héritier tant attendu. Mais l’accouchement est périlleux. La poche amniotique ayant été crevée, les vies de l’enfant et de la mère sont menacées. Lorsqu’on demande à Napoléon qui il souhaite sauver en cas d’impossibilité de sauver les deux, l’empereur répond sans hésiter:« Sauvez la mère. Avec elle j’aurai un autre enfant. » L’accouchement se poursuit. Le médecin doit utiliser les forceps car l’enfant se présente par le siège, ce qui fait hurler Marie-Louise.

L’héritier tant attendu Napoléon François Charles Joseph Bonaparte finit par sortir mais il ne donne aucun signe de vie. Il ne lance son premier cri qu’au bout de 7 minutes après avoir été frictionné par les médecins. Sa naissance, qui tient presque du miracle, est célébrée par 101 coups de canons dans la ville. Le peuple est en liesse. Le jeune enfant est titré dès sa naissance « Roi de Rome » et on l’élève avec l’égard dû à un prince impérial. Pendant ce temps, son père poursuit ses conquêtes militaires.

Un très court règne sous le nom de Napoléon II

En 1814, Napoléon Ier doit faire face à une coalition ennemie regroupant notamment le Royaume-Uni, l’empire russe, la Prusse et l’Autriche. Alors que les troupes alliées marchent sur Paris, Joseph Bonaparte, le frère de l’empereur, pousse l’impératrice à quitter la capitale. Elle part se réfugier à Blois avec son fils avant de demander l’exil à son père et de retourner en Autriche.

Après la prise de Paris, l’empereur abdique le 4 avril en faveur de son fils. Le Roi de Rome devient ainsi à 3 ans, empereur des Français sous le nom de Napoléon II. Cependant, deux jours plus tard, le 6 avril 1814, l’empereur rédige un acte d’abdication pour lui et ses descendants. Le traité de Fontainebleau du 11 avril 1814 lui octroie néanmoins le titre de Prince de Parme.

Un an plus tard, après un bref exil sur l’île d’Elbe dont il parvient à s’échapper, Napoléon Ier reprend son trône pour Cent Jours. Il redonne au Roi de Rome (toujours en Autriche) son titre de Prince Impérial, mais la défaite de Waterloo le contraint à abdiquer une nouvelle fois le 22 juin 1815. Il proclame son fils empereur des Français sous le nom de Napoléon II.

Le gouvernement provisoire de Fouché fait comme si de rien n’était et les chambres refusent de le proclamer. Le 7 juillet, le roi Louis XVIII remonte sur le trône de France tandis que Napoléon est exilé sur l’île de Sainte-Hélène où il aura tout le temps de construire sa légende avant de mourir en 1821 (cf. article du 8 mai). Quoiqu’il en soit, Napoléon II restera pour l’histoire celui qui a « régné » 20 jours, du 22 juin au 7 juillet 1815.

Un prince français en exil à la cour d’Autriche

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Napoléon II par Léopold Bucher

Napoléon II grandit à la cour d’Autriche. Son grand-père maternel l’empereur François Ier le traite comme un membre de sa famille et le fait élever parmi les archiducs d’Autriche. Il lui donne même le titre de duc de Reichstadt cherchant à effacer toute trace de sa filiation. Les proches de Napoléon l’appellent Franz (version autrichienne de François, son deuxième prénom) et se gardent bien d’évoquer devant lui son père (appelé « le souverain usurpateur » à la cour autrichienne).

Le duc de Reichstadt a néanmoins l’autorisation de pouvoir consulter la grande bibliothèque impériale de Vienne. Il y découvre à l’âge de 16 ans des ouvrages sur l’épopée napoléonienne et surtout Le Mémorial de Sainte-Hélène dicté par son père. Il se prend alors à idéaliser ce père absent qu’il a si peu connu. Une fois devenu adulte, sa position devient plus que délicate. Il est l’héritier du trône impérial français pour les Bonapartistes. Il devient un objet de  peur mais aussi de fascination pour la plupart des monarchies européennes. Son grand-père François Ier se demande quelle place il va pouvoir occuper sur le fragile échiquier européen.

Heureusement pour lui si l’on peut dire, le duc de Reichstadt tombe gravement malade en 1832 alors qu’il n’a que 21 ans. Les médecins diagnostiquent une tuberculose. Il meurt le 22 juillet au palais de Schönbrunn, sans alliance ni postérité. Il meurt en étouffant dans sa main une petite grive qu’il avait apprivoisée, symbole ultime d’un prince qui n’a jamais pu embrasser pleinement son destin.

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Le Duc de Reichstadt sur son lit de mort par Xavier Stöber

Son grand-père François Ier déclare après sa mort : « Il a bien fait de mourir. Sa position en Europe était trop difficile. Il n’aurait pu s’y faire une bonne place sans tout déranger ».

Napoléon II ou l’Aiglon (surnom que lui a attribué Victor Hugo) est enterré à Vienne dans la nécropole des souverains autrichiens. En 1940, soucieux d’améliorer son image aux yeux des Français, Adolf Hitler fait rapatrier les cendres de l’Aiglon en France. Il repose désormais dans le dôme de l’église des Invalides, non loin du prétendu tombeau de son père Napoléon Ier.

La fiction historique de Serge Hayat

Et si l’Aiglon n’était pas mort? Et s’il avait fui la cour d’Autriche pour tenter de conquérir le trône impérial de France? Et s’il avait retrouvé son père sur l’île de Sainte-Hélène? Sur le principe du « et si… », Serge Hayat réécrit avec truculence un morceau de l’Histoire de France. Dans ce grand roman d’aventures (que l’on peut aussi qualifier de roman d’initiation), l’Aiglon s’enfuit de Vienne et gagne Paris, poussé par la quête d’un père idéalisé. Malgré de nombreux opposants (son cousin Louis-Napoléon futur Napoléon III, Talleyrand, Metternich et même Napoléon Ier plus occupé à construire sa légende personnelle qu’à se préoccuper de son fils), l’adolescent se bat pour donner un sens à sa vie.

On ne souciera pas ici d’exactitude historique : l’auteur prend des libertés avec la chronologie mais c’est pour notre plus grand plaisir. On lui pardonne aisément surtout lorsqu’il nous offre un truculent tête à tête entre le père et le fils alors âgé de 16 ans. Scène qui n’aurait jamais été possible dans la réalité puisque Napoléon II avait 10 ans quand son père est mort.

Il s’agit ici d’explorer la psychologie de certains personnages historiques et de s’amuser en envisageant toutes les possibilités de la vie d’un jeune homme mort à 21 ans, alors que sa naissance et sa filiation lui promettaient les plus hautes espérances.

L’Empire en héritage, par Serge Hayat, 500 pages, 19.90 euros, Allary éditions.

 

1Comment
  • Rwollande
    Publié à 12:27h, 30 mai Répondre

    Je ne peux que vous complimenter chère Marie. Très bon article comme toujours.. Continuez ainsi !
    Ah j’oubliais… Merci pour la dédicace personnelle ! A très vite

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