Ingeborg, reine de France maintenue en captivité par son époux pendant près de 20 ans | Les Coulisses de l'Histoire
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12 Juin Ingeborg, reine de France maintenue en captivité par son époux pendant près de 20 ans

L’histoire que je souhaite vous raconter aujourd’hui se passe au XIIème siècle sous le règne du roi de France Philippe II Auguste.

Pour situer Philippe II Auguste

Philippe II Auguste est le fils de Louis VII Le Jeune et de sa 3ème épouse Adèle de Champagne. Il règne sur la France durant 43 ans de 1180 à 1223. C’est le 7ème roi de la dynastie des Capétiens arrivée sur le trône en 987.

Le surnom d’« Auguste » lui a été donné par un moine de Saint-Denis, du nom de Rigord, après qu’il eut ajouté au domaine royal en juillet 1185 (par le traité de Boves) les seigneuries d’Artois, du Valois et d’Amiens. Ce surnom est bien sûr une référence directe aux empereurs romains. Il fait également référence au mois d’août, mois de naissance du souverain.

Philippe II Auguste reste l’un des monarques les plus admirés et étudiés de la France médiévale, en raison de la longueur de son règne, mais aussi de ses importantes victoires militaires et des progrès essentiels accomplis pour affermir le pouvoir royal. Parmi ses exploits militaires, on retient essentiellement la bataille de Bouvines en 1214 contre les Anglais, mais également sa participation à la 3ème croisade, durant laquelle il perd un œil.

Le premier mariage avec Isabelle de Hainaut

Mais venons-en à l’histoire qui nous occupe, en avril 1180, Philippe II qui a 15 ans épouse Isabelle de Hainaut, la nièce du comte de Flandre. Elle apporte dans sa corbeille de mariée l’Artois au domaine royal. Elle donne une descendance à Philippe II puisqu’elle met au monde le futur roi Louis VIII. Mais Isabelle meurt en 1190 en donnant le jour à des garçons jumeaux qui ne survivent pas.

Le remariage

 

La reine Ingeborg

      La reine Ingeborg

Après la disparition de la reine Isabelle, Philippe II sait qu’il doit se remarier au plus vite. La succession dynastique n’est en effet pas assurée : son seul fils, Louis, n’a que quatre ans et vient de survivre à une grave maladie.

Le roi prend alors contact avec Knut III, roi du Danemark, afin d’établir une alliance contre l’Angleterre. Les souverains danois descendent de l’ancienne famille royale anglaise, chassée du trône par Guillaume le Conquérant en 1066. Ces derniers peuvent donc être des prétendants légitimes à la couronne d’Angleterre. Une alliance matrimoniale est conclue dans cette perspective entre le roi de France et la sœur du roi du Danemark.

En 1193, Knut III envoie donc à Paris sa jeune sœur de 18 ans Ingeborg, accompagnée d’une dot de 10.000 marcs d’argent. La princesse, décrite comme belle et vertueuse par les chroniques de l’époque, est reçue avec de grands honneurs à Amiens, à la mi-août 1193. Ses yeux bleus, sa chevelure blonde abondante et sa peau blanche comme le marbre séduisent immédiatement le roi de 28 ans, qui l’épouse le jour même.

Mais le lendemain, le roi  fait écourter la cérémonie du couronnement, enferme sa nouvelle épouse dans le monastère de Saint Maur-des-Fossés et annonce qu’il souhaite faire annuler le mariage.

Pourquoi cette réaction à la suite de la nuit de noces ?

Les raisons de cette séparation précipitée, suivie pour Ingeborg de plusieurs années de captivité et, pour Philippe, du refus absolu de reconnaître sa place de reine, sont restées inconnues et ont donné lieu à toutes les spéculations possibles de la part des contemporains et des historiens.

  • Les sources britanniques ont prétendu que le roi Philippe avait conçu un dégoût immédiat pour son épouse.
  • Les historiens français ont avancé que les Danois avaient rejeté tout projet d’envahir la Grande-Bretagne, ce qui rendait le mariage inintéressant pour Philippe II.

Au final, il semblerait que la raison soit toute autre : en effet, certaines chroniques affirment que le roi de France, le soir du mariage, aurait été victime d’un ensorcellement l’empêchant de posséder son épouse.

Un secret d’alcôve au cœur du mystère

Tous les chroniqueurs de l’époque en témoignent: Philippe n’est décidément pas dans son assiette au lendemain de sa nuit de noces. Le regard fuyant, quelque chose le tracasse visiblement au plus haut point ! Au cours de la cérémonie du couronnement, tout son corps se met à trembler, de grosses gouttes de sueur perlent sur son visage. Pire, il semble être terrorisé par le simple fait de devoir toucher Ingeborg.

Plus tard dans la journée, c’est un Philippe fébrile et une Ingeborg en larmes qui prennent le chemin du retour vers leur château sans échanger le moindre mot. À peine arrivé, le roi fait mander son Conseil sur le champ et affirme qu’il veut renvoyer la princesse danoise car « elle lui a noué l’aiguillette ». Avoir l’aiguillette nouée, en cette fin du XIIe siècle, est une expression très répandue et désigne l’impuissance sexuelle. Philippe II a tout probablement eu une simple panne sexuelle, et voilà la pauvre Ingeborg accusée de sorcellerie et par conséquent, enfermée à l’abbaye de Saint-Maur-des-Fossés.

Tentatives d’annulation du mariage

Philippe II veut l’annulation de son mariage et pour ce faire, il souhaite faire valoir un lien de parenté prohibé par l’Église (il ne souhaite pas s’étendre sur la non-consommation du mariage). Une assemblée d’évêques et de barons donne aisément raison au roi, qui se remarie en hâte avec Agnès de Méranie, jeune noble bavaroise, dès juin 1196. La situation d’Ingeborg étant connue dans toutes les cours d’Europe, il est difficile pour Philippe II de trouver une autre épouse convenable. Agnès de Méranie est sa seule chance de remariage. Tout se passe bien avec elle puisqu’elle tombe rapidement enceinte.

Mais en 1198, le nouveau pape Innocent III, souhaitant affirmer son autorité sur la couronne, ordonne à Philippe  de renvoyer Agnès et de rendre sa place légitime à Ingeborg. En l’absence de réaction du roi, le pape excommunie Philippe Auguste en 1200. Sous la pression populaire, le roi organise finalement une cérémonie de réconciliation, et l’excommunication est levée. Mais la cérémonie ne rend pas tout à fait sa place à Ingeborg, et la procédure d’annulation du mariage se poursuit, Philippe étant désormais bigame. Finalement, en juillet 1201, Agnès de Méranie meurt à Poissy en donnant au roi un deuxième héritier mâle, Philippe, reconnu comme tel par le pape en novembre 1201. La crise est momentanément close et la succession dynastique est assurée.

Philippe reprend la procédure d’annulation du mariage en 1205, cette fois sur motif de non consommation dans le temps. Mais le motif est rejeté par l’Église catholique puisque Ingeborg peut attester des visites régulières de son époux dans les lieux où il la retient captive.

Constatant définitivement que ces projets débouchent sur une impasse gênante, le roi met fin brutalement aux négociations de rupture en 1212 et, résigné, rend sa place de reine en titre, à la malheureuse Ingeborg. Elle vécut dans le prieuré qu’elle fit construire à Saint-Jean-en-Isle, près de Corbeil, dans le douaire que Philippe Auguste lui fit constituer. Dans son testament, Philippe II lui octroie quand même 10.000 marcs d’argent. Maigre consolation pour Ingeborg qui aura passé presque 20 années en captivité.

Elle s’éteint le 29 juillet 1236, treize ans après son époux, dans le prieuré où elle s’était retirée. Elle avait 62 ans.

2 Comments
  • Lulu
    Publié à 12:33h, 13 juin Répondre

    Toujours aussi passionnants les récits de Marie !

  • Trans-Ingeborg
    Publié à 13:07h, 20 juin Répondre

    C’était pas une « ladyboy » (cf Thaïland) par hasard ?

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