Le cimetière du Père Lachaise, un musée d'Histoire à ciel ouvert | Les Coulisses de l'Histoire
16567
post-template-default,single,single-post,postid-16567,single-format-standard,ajax_updown,page_not_loaded,,vertical_menu_enabled,qode-title-hidden,qode-theme-ver-7.6.2,wpb-js-composer js-comp-ver-4.6.2,vc_responsive

02 Nov Le cimetière du Père Lachaise, un musée d’Histoire à ciel ouvert

Période de la Toussaint oblige, j’aimerais vous raconter aujourd’hui l’histoire du cimetière du Père Lachaise situé dans le 20ème arrondissement de Paris. Véritable ville dans la ville, le cimetière du Père Lachaise compte 44 hectares et constitue, de fait, le plus grand espace vert de Paris intra muros.  Chaque année, ce sont plus de 3 millions de visiteurs qui viennent du monde entier pour déambuler parmi les 70 000 concessions que compte la nécropole.

D’où vient la notoriété de ce lieu? Qui était ce père Lachaise qui a laissé son nom au cimetière le plus visité au monde? Quels sont les événements marquants du lieu? Retour sur les origines d’un endroit exceptionnel.

Le Père Lachaise avant le cimetière

Le Père François de La Chaise

Le Père François de La Chaise

L’histoire du cimetière du Père Lachaise remonte au XVIIème siècle lorsque des jésuites rachètent le terrain dit Mont-aux-Vignes, pour les cultures que l’on y réalisait alors, afin d’en faire un lieu de repos et de convalescence. Le 2 juillet 1652, le jeune roi Louis XIV vient assister en ce lieu, aux combats de la Fronde (révolte des parlementaires et de certains nobles contre le pouvoir monarchique), qui se déroulent en contre-bas, au Faubourg Saint-Antoine. Il n’en faut pas plus aux jésuites pour renommer la colline le Mont Louis.

François d’Aix de La Chaise, dit le Père La Chaise est l’un de ces jésuites, et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit du confesseur du Roi Soleil en personne. Grâce aux largesses du roi, (à qui il pardonne beaucoup), il embellit le domaine, notamment en y faisant construire un château, aujourd’hui disparu.

Des problèmes de salubrité dans Paris

Les sépultures étant réservées aux nobles et aux ecclésiastiques sous l’Ancien Régime, les cimetières publics ne comprennent que des fosses communes que l’on referme lorsqu’elles sont pleines. En attendant, on se contente de jeter de la chaux vive sur les corps.

Cimetière des Innocents vers 1550

Cimetière des Innocents vers 1550

Au XVIIIe siècle, les cimetières parisiens sont saturés, à l’instar du cimetière des Innocents situé en plein cœur de Châtelet.  Les plaintes des riveraines sont nombreuses, compte tenu des désagréments aisément imaginables. Le 7 mai 1780, une partie du cimetière des Innocents s’effondre. Un restaurateur situé à proximité retrouve ainsi dans sa cave des ossements et des cadavres qui, par leurs poids et leur volumes, avaient fait céder la cloison qui les séparait du monde des vivants.

 

À la suite de cet incident, le Parlement décrète la fermeture du cimetière en décembre 1780. Il est vidé en 1786 pour des raisons sanitaires évidentes. Les restes sont transférés dans d’anciennes carrières au Sud de Paris transformées en catacombes. A partir de ce moment là, Paris commence à manquer de lieux de sépulture. En 1804, Napoléon Bonaparte, ordonne la création de cimetières en-dehors de la ville pour des raisons de salubrité, reprenant ainsi à son compte, des idéaux hygiénistes de l’Antiquité.

Le préfet de Paris décrète ainsi la transformation des 17 hectares du Mont-Louis en cimetière dit de l’Est. Le 21 mai 1804, le cimetière de l’Est (que les Parisiens persisteront à appeler cimetière du Père Lachaise en souvenir du confesseur de Louis XIV qui aimait tant arpenter ces jardins) est officiellement ouvert.

Le cimetière du Nord est inauguré en 1825 (il deviendra le cimetière de Montmartre). Le cimetière de l’Ouest deviendra le cimetière de Passy. Quant au cimetière du Sud, il prendra le nom du mont sur lequel il fût érigé : Montparnasse. La ville ne cessant de s’étendre au fil du temps, tous ces cimetières seront finalement réintégrés à Paris.

Quand les Parisiens boudaient le Père Lachaise

Sépulture d'Héloïse et Abélard

Sépulture d’Héloïse et Abélard (Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons / CC BY-SA 3.0)

En 1804, le Père Lachaise ne compte que 13 tombes. L’année suivante, il y en a 44, puis 49 en 1806, 62 en 1807 et 833 en 1812. Les Parisiens rechignent à marcher des kilomètres derrière un corbillard pour enterrer leurs morts (rappelons qu’à l’époque Paris ne compte que 12 arrondissements et que le cimetière est situé loin de la ville). En 1817, afin de développer la notoriété du site, la ville de Paris organise le transfert des dépouilles d’Héloïse et Abélard, mythique couple du Moyen-Age, ainsi que de Molière et La Fontaine, particulièrement populaires dans la société de l’époque.

 

L’opération de communication fut un véritable succès puisqu’en 1830, on dénombre 33 000 tombes. Les Parisiens souhaitant venir se faire enterrer auprès de leurs idoles. Le cimetière connut plusieurs agrandissements, passant au fil du temps de 17 à 44 hectares.

Le cimetière du Père Lachaise ou le champ de Bataille de la Commune

Derniers combats au cimetière du Père Lachaise Gravure d'Amédée Daudenarde

Derniers combats au cimetière du Père Lachaise
               Gravure d’Amédée Daudenarde

En 1870, l’empereur français Napoléon III abdique suite à la défaite militaire de Sedan contre la Prusse. La IIIe République est alors proclamée. En 1871, le républicain Jules Favre signe un armistice avec le chancelier de la toute nouvelle Allemagne: Bismarck. Les Parisiens n’acceptent pas cet armistice surtout après le siège de 4 mois qu’ils ont subi. Jugeant cette paix humiliante, ils décident de s’ériger en Commune insurrectionnelle, indépendante du gouvernement français. Cette organisation proche de l’autogestion dure un peu plus de 2 mois.  Mais du 21 au 28 mai 1871, la répression contre les Communards par le Gouvernement Français installé à Versailles, est impitoyable. Cet événement est rentré dans l’Histoire sous le nom de Semaine Sanglante. Les troupes Versaillaises entrent dans Paris et commettent de nombreuses exécutions sommaires. Les derniers Communards encore vivants se regroupent au cœur du cimetière du Père Lachaise qui devient un camp retranché improvisé. Mais rapidement, les derniers Fédérés sont encerclés par les troupes d’Adolphe Thiers, alors chef du pouvoir exécutif. Le cimetière devient alors un champ de bataille. On peut encore voir aujourd’hui sur certaines tombes des éclats de balles datant de cette période. Le 28 mai 1871, les 147 communards survivants sont fusillés devant le mur sud du cimetière qui porte aujourd’hui le nom de mur des Fédérés. Ironie du sort, Adolphe Thiers est inhumé dans le cimetière du Père Lachaise en 1877, non loin de l’emplacement où il a ordonné la fusillade des derniers communards.

Le Père Lachaise, un lieu de culte(s) et de mémoire(s)  à ciel ouvert

En 1899, le Père Lachaise se dote d’un monument aux morts. De nombreux autres monuments commémoratifs font leur apparition au fil du temps :
– Monuments aux combattants étrangers morts pour la France;
– Monuments à la mémoire des déportés des camps de concentration et d’extermination;
– Monuments en hommage aux victimes de catastrophes aériennes etc.

Sépulture d'Allan Kardec

Sépulture d’Allan Kardec

Mais ce qui parachève la notoriété et le succès du Père Lachaise, c’est bien entendu les innombrables célébrités qui s’y font enterrer. Citons, parmi tant d’autres, Jim Morrisson (mort à Paris en 1971), Edith Piaf, Oscar Wilde (également mort à Paris en 1900), Marcel Proust, Frédéric Chopin, Allan Kardec, Eugène Delacroix, Honoré de Balzac, Théodore Géricault, Gérard de Nerval, Simone Signoret, Yves Montand. Certaines tombes nous donnent à contempler de magnifiques œuvres d’art relevant de l’art funéraire (bustes, gisants, médaillons etc.). Cet art est parfois utilisé et/ou détourné pour donner lieu à de véritables rituels aussi curieux qu’insolites. Nous avons déjà parlé sur ce blog du gisant de Victor Noir (cf. article du 22 mai 2016) qui prêterait fécondité aux jeunes femmes venant s’y frotter. Prenons maintenant l’exemple d’Allan Kardec, le fondateur de la philosophie spirite. C’est lui, qui de son vivant, initie le rituel à suivre sur sa tombe : “Après ma mort, si vous passez me voir, posez la main sur la nuque de la statue qui surplombera ma tombe, puis faîtes un voeu. Si vous êtes exaucé, revenez avec des fleurs.” Depuis, l’endroit est devenu un véritable lieu de culte et c’est aussi la tombe la plus fleurie du Père Lachaise.

Si le Père Lachaise est si connu aujourd’hui, c’est peut-être parce que dans un même lieu, ô combien historique, nous venons de le voir, se côtoient pour l’éternité des peintres, des écrivains, des princes, des scientifiques, des militaires, des chanteurs, des comédiens et des stars connues de toute la planète.

Si vous souhaitez (re)découvrir ce lieu exceptionnel, je ne peux que vous encourager à faire une visite guidée avec Thierry Le Roi, l’un des meilleurs connaisseurs des sépultures de ce cimetière. Durant 3 heures, il transforme chaque tombe en tableau vivant à l’aide d’une narration exceptionnelle. Je me suis d’ailleurs grandement inspirée de lui pour écrire cet article.

 

 

 

 

No Comments

Post A Comment