La Chapelle Expiatoire, monument méconnu des Parisiens | Les Coulisses de l'Histoire
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11 Déc La Chapelle Expiatoire, monument méconnu des Parisiens

Véritable havre de paix perdu au milieu de l’agitation du 8ème arrondissement de Paris, la Chapelle Expiatoire est un joyau architectural chargé d’Histoire(s). Elle a été élevée de 1815 à 1826 sur l’ordre du roi Louis XVIII pour commémorer la mémoire de son frère Louis XVI et de sa belle-sœur Marie-Antoinette, tous deux guillotinés pendant la Révolution Française en 1793.

Un lieu de mémoire et de recueillement

En 1815, lorsque la monarchie est rétablie en France, le roi Louis XVIII s’efforce de raviver la mémoire de la famille royale. Il fait donc rechercher dans le cimetière désaffecté de la Madeleine les dépouilles de Louis XVI et de Marie-Antoinette afin de les faire transférer à la basilique de Saint-Denis, la nécropole des rois de France. Puis, il décide de faire édifier sur l’emplacement de l’ancien cimetière révolutionnaire une chapelle expiatoire qu’il commande à l’architecte Pierre-François-Léonard Fontaine.

                                                               Une messe à la Chapelle Expiatoire par Turpin de Crissé

Une architecture originale

Fontaine bâtit un édifice architectural complexe. En effet, la Chapelle Expiatoire est un mélange de néo-classicisme et de romantisme qui emprunte à l’Antiquité romaine, au Moyen-Âge mais aussi à la Renaissance. Ainsi le plan de la chapelle est à la fois axé, et centré, comme au Panthéon à Rome. La mise en scène dramatique de la chapelle évoque une inspiration baroque. Le jardin intérieur qui sépare le vestibule de la chapelle rappelle le Campo Santo de Pise, un des modèles de la Renaissance italienne.

C’est dans ce jardin que s’élevait l’ancien charnier révolutionnaire. Des cénotaphes alignés sur les côtés commémorent le souvenir des gardes suisses tués le 10 août 1792 lors de la prise des Tuileries.

Dans la chapelle des statues en marbre blanc représentent Louis XVI et Marie-Antoinette. La statue de Louis XVI réalisée par Joseph Bosio montre le roi soutenu par un ange. Le testament de Louis XVI est gravé sur la plaque en marbre noir du piédestal. En voici quelques extraits:

                      Crédit photo: GO69 – CC BY-SA 3.0

« Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet ; et je prie Dieu de leur pardonner, de même qu’à ceux qui par un faux zèle ou par un zèle mal entendu, m’ont fait beaucoup de mal. Je recommande à Dieu ma femme et mes enfants, ma sœur, mes tantes, mes frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang ou par quelque autre manière que ce puisse être ; je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma sœur, qui souffrent depuis longtemps avec moi ; de les soutenir par sa grâce, s’ils viennent à me perdre, et tant qu’ils resteront dans ce monde périssable. […] Je recommande à mon fils, s’il avait le malheur de devenir roi, de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens ; qu’il doit oublier toute haine tout ressentiment, et nommément ce qui à rapport aux malheurs et aux chagrins que j’éprouve ; qu’il ne peut faire le bonheur des peuples qu’en régnant suivant des lois : mais en même temps qu’un roi ne peut les faire respecter, et faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire ; et qu’autrement étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile. […] Je pardonne encore très volontiers à ceux qui me gardent, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J’ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes : que celles-là jouissent dans leur cœur, de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser !…. Je finis en déclarant devant Dieu, et prêt à paraître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi. »

La statue de Marie-Antoinette sculptée par Jean-Pierre Cortot, la représente agenouillée devant la Religion. Sa dernière lettre, adressée à Madame Elisabeth, la sœur du roi est gravée dans le marbre. En voici également quelques extraits:

     Crédit photo: couscouschocolat – CC BY-SA 2.0

« C’est à vous, ma sœur que j’écris pour la dernière fois. Je viens d’être condamnée non pas à une mort honteuse – elle ne l’est que pour les criminels – mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente, j’espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments. Je suis calme comme on l’est quand la conscience ne reproche rien ; j’ai un profond regret d’abandonner mes pauvres enfants. Vous savez que je n’existais que pour eux et vous, ma bonne et tendre sœur. […] Que mon fils n’oublie jamais les derniers mots de son père que je lui répète expressément : qu’il ne cherche jamais à venger notre mort. […] Je demande pardon à tous ceux que je connais et à vous ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j’aurais pu leur causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu’ils m’ont fait. Je dis ici adieu à mes tantes et à tous mes frères et sœurs. J’avais des amis ; l’idée d’en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j’emporte en mourant. Qu’ils sachent du moins que jusqu’à mon dernier moment, j’ai pensé à eux. […] Adieu, ma bonne et tendre sœur. Puisse cette lettre vous arriver. Pensez toujours à moi ; je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu ! qu’il est déchirant de les quitter pour toujours ! Adieu, adieu.»

Dans la crypte de la chapelle, un autel de marbre noir en forme de tombeau antique, marque l’emplacement de la tombe originelle du roi Louis XVI.

Un monument controversé

Arrêté décrétant la destruction de la Chapelle Expiatoire en 1871

Dès la fin de la Restauration qui marque la chute des Bourbons en 1830, la chapelle, perçue comme une survivance de l’Ancien Régime, devient un enjeu politique et déchaîne les passions. Elle est ainsi menacée de destructions une vingtaine de fois, notamment en 1871. Pendant la Commune de Paris, elle est qualifiée « d’insulte permanente à la première Révolution » et condamnée à la démolition par arrêt du Comité de salut public (cf. voir ci-contre). C’est la répression de la Commune en mai 1871 qui empêche l’exécution de la sentence.

Classée monument historique en 1914, la Chapelle Expiatoire est aujourd’hui hors de danger. Elle accueille dorénavant la messe commémorative annuelle donnée le 21 janvier pour le repos de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Elle est de fait devenue le point de ralliement des légitimistes.

3 Comments
  • Chris
    Publié à 20:59h, 31 janvier Répondre

    Très intéressant, à voir absolument lors d’un prochain voyage dans la capitale

  • JB
    Publié à 09:49h, 07 février Répondre

    La peinture vient du musée Carnavalet je crois.. non?

  • Charles F
    Publié à 13:03h, 20 février Répondre

    Un monument méconnu, en effet ; mais très bellement présenté !

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