Faut-il détruire le Sacré-Coeur de Paris ? | Les Coulisses de l'Histoire
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05 Mar Faut-il détruire le Sacré-Coeur de Paris ?

Chaque année, la ville de Paris  offre l’opportunité à ses habitants de proposer des idées d’investissement pour leur arrondissement ou le Tout Paris à travers un budget participatif. En février dernier, un habitant du XVIIIème arrondissement a proposé la destruction de la basilique du Sacré-Coeur.

Sous le pseudonyme de «Nathalie Lemel», illustre figure féministe de la Commune de Paris, l’individu réclame « la démolition totale de la basilique lors d’une grande fête populaire ». Il ajoute que « le Sacré-Coeur est une verrue versaillaise qui insulte la mémoire de la Commune de Paris. »

Cette proposition pour le moins incongrue n’a aucune chance d’être retenue car le Sacré-Coeur n’appartient pas à la Ville de Paris mais à l’archevêché. En outre, devant la tournure médiatique de la demande, relayée massivement sur les réseaux sociaux, Pauline Véron, adjointe à la maire de Paris chargée de la démocratie locale, a rappelé à la presse que la basilique était classée monument historique.

La proposition est pourtant la plus appréciée des 2 448 projets soumis à la ville de Paris avec 267 « j’aime » et un peu plus d’une centaine de mentions « je souhaite m’associer à ce projet ». Doit-on y voir un simple buzz médiatique ou une véritable détestation?

Que reproche-t-on exactement au Sacré-Coeur ?

Deuxième monument religieux le plus visité de France après la cathédrale Notre-Dame de Paris, la basilique du Sacré-Coeur fait débat depuis sa construction débutée en 1875.

En 1871, la toute nouvelle IIIe République signe un armistice avec la Prusse. Jugeant cette paix humiliante, les parisiens décident de s’ériger en Commune insurrectionnelle, indépendante du gouvernement français. L’insurrection populaire est réprimée dans le sang en mai 1871 par l’armée dirigée depuis Versailles par le président Adolphe Thiers et ses ministres. Cet événement est rentré dans l’Histoire sous le nom de Semaine Sanglante. Plusieurs milliers de Parisiens sont exécutés, un nombre encore plus important est contraint à l’exil. C’est notamment le cas pour Nathalie Lemel, militante anarchiste qui se bat sur les barricades jusqu’au dernier moment.

Deux ans plus tard, en 1873, cet épisode continue d’être considéré comme un affront par le gouvernement et par le nouveau président de la République le général Mac-Mahon. C’est dans ce contexte que l’Assemblée Nationale à majorité conservatrice, cléricale et d’inspiration monarchiste, décide de doter la colline de Montmartre d’un édifice religieux dans le but « d’expier les péchés imputés à la Commune ».

Rappelons que la France a perdu en 1871 la guerre contre la Prusse qui, en prime, a récupéré une partie de l’Alsace et de la Lorraine. Cette suite de malheurs ne peut être qu’une punition divine et il faut à tout prix se faire pardonner. La toute jeune IIIe République veut faire de la basilique le symbole des valeurs conservatrices qu’elle prétend incarner.

Le lieu n’est pas choisi au hasard. C’est à l’emplacement de la basilique que se déclenchent en mars 1871 les premiers mouvements insurrectionnels de la Commune.

Ainsi, un siècle et demi après son édification, de nombreux militants de gauche continuent de considérer le Sacré-Coeur comme un symbole de la répression exercée sur les masses populaires par l’État. De nombreux tags anarchistes apparaissent d’ailleurs régulièrement sur l’édifice de la butte Montmartre pour célébrer la mémoire des «Communards».

Retrouvez le podcast de cet article en cliquant ici

1Comment
  • Chris
    Publié à 22:05h, 05 mars Répondre

    Excellent article, un rappel très intéressant de ce que fut l’épisode sanglant de la Commune.

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