La figure de Louis XVI dans « Un peuple et son roi » | Les Coulisses de l'Histoire
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01 Oct La figure de Louis XVI dans « Un peuple et son roi »

Le film « Un peuple et son roi » de Pierre Schœller, sorti dans les salles mercredi dernier, retrace les grandes heures de la chute de la monarchie française de la prise de la Bastille le 14 juillet 1789 à la mort du roi Louis XVI le 21 janvier 1793. La Révolution Française n’est pas un thème nouveau au cinéma. Nombre de films ont pour décor cette période mouvementée de notre histoire nationale. On se rappellera notamment de la grandiose reconstitution historique de Robert Enrico en deux parties : « Les années Lumière » et « Les années terribles » réalisée en 1989, lors du bicentenaire de la Révolution Française.

Un peuple en révolution

Avec « Un peuple et son roi », Pierre Schœller propose un nouveau regard : celui des gens du peuple. En effet, durant tout le film, le peuple de France est personnifié sous les traits de quelques citoyens du faubourg Saint-Antoine. C’est à travers ces personnages que le spectateur est immergé dans les différents événements qui ont fait la Révolution Française : la prise et la démolition de la Bastille (qui provoque l’apparition de rayons de soleil dans les rues étroites du faubourg Saint-Antoine, on soulignera ici la jolie métaphore), les journées d’octobre 1789 durant lesquelles le roi et sa famille sont ramenés à Paris, la fuite à Varennes et le massacre du Champ-de-Mars en 1791, la prise des Tuileries en 1792 et enfin la mort du roi en janvier 1793.

Des deux corps du roi, c’est le seul corps politique qui est donné à voir

Alors que le peuple est personnifié sous les traits d’une poignée de personnages, le roi Louis XVI (campé par un Laurent Laffite au sommet de son art) est dépersonnalisé. Entendez par là qu’il n’apparaît dans le film que pour ce qu’il représente, à savoir la monarchie française et non pour ce qu’il est Louis XVI, l’homme.

J’ouvre ici une rapide parenthèse pour citer l’ouvrage d’Ernst Kantorowicz « Les Deux Corps du roi », qui distingue deux corps dans la personne du roi. Un corps terrestre et mortel et un corps politique et immortel, symbole de sa fonction. Cette double nature, humaine et souveraine du « corps du roi », explique l’adage « Le Roi est mort, vive le Roi ! ». Sous l’Ancien Régime, seul le corps terrestre pouvait mourir, le corps politique était immortel et était directement transmis au successeur.

Or, dans le film de Pierre Schœller, c’est bien le corps politique qui nous est donné à voir. D’ailleurs, Louis XVI étant le seul personnage à incarner la monarchie, tout son entourage est réduit à de la simple figuration. L’actrice qui campe Marie-Antoinette (Maëlia Gentil), dont on salue par ailleurs la ressemblance des traits avec la plus célèbre des reines de France, ne déclame qu’une seule réplique sur les 2 heures du film. On aurait pu s’attendre à un rôle un peu plus consistant de sa part par ailleurs.

Certes, le film s’ouvre et se clôt sur la figure de Louis XVI, mais sur sa figure monarchique. Au début du film, le spectateur voit le roi laver les pieds des enfants pauvres un jeudi Saint. Il s’agit ici du Mandé royal une cérémonie à laquelle se pliait les rois de France en commémoration de la Cène, dernier repas de Jésus. Quant à la fin du film, on y voit Louis XVI mourir sur l’échaffaud. Mais ce n’est pas l’homme que l’on guillotine, c’est la monarchie que l’on abat. Il est d’ailleurs intéressant de souligner que dans le film, le roi demande à être exécuté au pied de l’échafaud mais cela lui est refusé. Louis XVI ne pouvait pas mourir fusillé, symboliquement, il devait être guillotiné. C’est la tête de la monarchie que les révolutionnaires souhaitaient abattre. Cela est parfaitement résumé lorsque Robespierre déclame à l’Assemblée Nationale : « Louis doit mourir car il faut que la Nation vive ». C’est au corps politique du roi qu’il en veut.

Le film se termine donc sur la tête du roi montrée par le bourreau Samson au peuple de Paris. Cette tête figée fait écho aux yeux de la tête de Méduse, source d’angoisse et d’effroi, qui préfigure, le basculement de la Révolution dans la Terreur. Le spectateur se demande alors devant cette scène glaçante : « Fallait-il guillotiner Louis XVI ? »

Quid de l’homme ?

Est-ce à dire que Louis XVI l’homme est totalement occulté dans ce film ? Pas tout à fait. Une seule scène nous le donne à voir. Alors qu’il vient d’être ramené à Paris, au Palais des Tuileries avec sa famille et qu’il est désormais obligé de composer avec une toute jeune Assemblée Nationale, le roi a un sommeil agité. Dans un songe, il entrevoit ses ancêtres Louis XIV, Henri IV et Louis XI lui demander des comptes sur ce qu’il a fait de leur royaume. Il est d’ailleurs intéressant de noter que la seule scène où l’on voit l’homme est une scène surnaturelle, comme si Louis XVI l’homme n’avait pas été à la hauteur de ce qu’attendait de lui la Révolution Française, ce qui est sans doute vrai par ailleurs, mais nous entrons ici dans un autre débat.

 

Crédit Photo : © Jérôme Prébois

1Comment
  • Chris
    Publié à 14:15h, 02 octobre Répondre

    Bravo pour cet article très intéressant, ,je suis impatiente de voir le film!

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