Un héritier du trône de France assassiné durant l’entracte | Les Coulisses de l'Histoire
16718
post-template-default,single,single-post,postid-16718,single-format-standard,ajax_updown,page_not_loaded,,vertical_menu_enabled,qode-title-hidden,qode-theme-ver-7.6.2,wpb-js-composer js-comp-ver-4.6.2,vc_responsive

13 Fév Un héritier du trône de France assassiné durant l’entracte

Le 13 février 1820, il y a tout juste 200 ans, vers onze heures du soir, un homme s’écroule sur les marches de l’Opéra de la rue de Richelieu à Paris. Il vient d’être frappé d’un coup de couteau. Aussitôt transporté dans une salle de l’Opéra, il expire à six heures du matin, après avoir demandé la grâce pour son assassin.

La victime, âgée de 42 ans, est Charles-Ferdinand, duc de Berry, neveu du roi Louis XVIII et seule personne susceptible de donner un héritier à la famille royale. L’assassin, Louis Louvel, est un ouvrier sellier bonapartiste qui espérait, par son geste, mettre un terme à la dynastie des Bourbons.

Le duc de Berry : seul géniteur opérationnel de la famille royale

Charles Ferdinand d’Artois, Duc de Berry (1778-1820)

Depuis la chute de l’empire napoléonien en 1815, la France est dirigée par le roi Louis XVIII (frère de Louis XVI guillotiné sous la Révolution Française). Le roi n’ayant pas d’enfant, c’est son frère cadet le duc d’Artois qui est appelé à lui succéder, ce qu’il fera en 1824 sous le nom de Charles X. Ce dernier a deux fils, Louis-Antoine duc d’Angoulême et Charles-Ferdinand, duc de Berry. L’aîné n’ayant pas d’enfant et ayant déjà passé le cap de la cinquantaine en 1820, c’est le cadet qui porte en lui tous les espoirs d’une descendance masculine.

Et cela tombe bien, car il est marié à une ravissante princesse, Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, qui lui a déjà donné une petite fille, Louise, en 1819. Mais toutes les espérances sont anéanties par le coup de poignard donné par Louis Louvel.  

Un attentat aux multiples conséquences

L’assassinat du duc de Berry marque profondément les esprits royalistes et l’événement a un retentissement considérable.

  • Sur un plan politique
Elie Decazes, figure du royalisme libéral sous la Restauration

Le crime perpétré par Louis Louvel favorise le retour de l’extrême droite royaliste au pouvoir. Accusé de laxisme par les ultra-royalistes, Elie Decazes, le chef du gouvernement, est contraint de donner sa démission au roi, qui l’accepte à contre-cœur. Par la suite, ses successeurs n’ont de cesse de déconstruire l’œuvre libérale entreprise les années précédentes (suppression des libertés individuelles et de la liberté de la presse, rétablissement de la censure et de l’autorisation préalable pour fonder un journal, etc.) préparant ainsi le terrain pour la révolution de 1830.

  • Sur la production littéraire et artistique du XIXème siècle

L’émotion liée à l’assassinat du duc de Berry suscite une abondante production artistique empreinte de romantisme. L’événement inspire notamment des peintres comme Alexandre Menjaud, qui représente avec réalisme les derniers instants d’un héros romantique.

Les Derniers moments du duc de Berry dans la salle de l’ancien opéra, par Alexandre Menjaud, 1824

Elle nourrit également les Mémoires d’Outre-Tombe de Chateaubriand qui raconte les derniers instants du duc avec tout le lyrisme propre au siècle des romantiques :

Alors un homme, venant du côté de la rue de Richelieu, passe rapidement entre le factionnaire et un valet de pied qui relevait le marchepied du carosse. Il heurte le dernier, se jette sur le prince au moment où celui-ci, se retournant pour rentrer à l’Opéra, disait à Madame la duchesse de Berry : « Adieu, nous nous reverrons bientôt. » L’assassin appuyant la main gauche sur l’épaule gauche du prince, le frappe de la main droite, au côté droit, un peu au-dessous du sein. […] Poussé par l’assassin sur M. le comte de Mesnard, le prince porta la main sur le côté où il n’avait cru recevoir qu’une contusion, et tout à coup il dit « Je suis assassiné ! cet homme m’a tué ! – Seriez-vous blessé Monseigneur ? » s’écrie le comte de Mesnard. Et le prince réplique d’une voix forte : « Je suis mort, je suis mort ; je tiens le poignard ! »

François-René de CHATEAUBRIAND, Mémoires d’outre-tombe
  • Sur l’architecture de Paris

Aussitôt après la mort du duc de Berry, Louis XVIII ordonne la démolition de l’opéra de la rue de Richelieu pour y construire une chapelle expiatoire à la mémoire de son neveu, mais le projet est abandonné après la révolution de 1830. Un square y est créé en 1839. Il existe encore aujourd’hui sous le nom de square Louvois dans le 2ème arrondissement de Paris. Quant à l’opéra, après avoir été rebâti rue Le Peletier puis détruit par un incendie, il sera reconstruit par Charles Garnier sous Napoléon III.

Les suites pour le moins inattendues de l’événement

La Duchesse de Berry,
mère de l' »Enfant du Miracle »

Jugé par la chambre des Pairs, Louis Louvel est guillotiné le 7 juin 1820 sans savoir qu’il n’a pas tout à fait atteint son but. En effet, peu après l’assassinat du duc, on apprend que la duchesse de Berry est enceinte et le 29 septembre 1820, elle donne naissance à un fils posthume : Henri, titré duc de Bordeaux puis Comte de Chambord que le poète Lamartine célébrera comme étant « l’Enfant du Miracle ».

Lorsque que Charles X est renversé de son trône en 1830, l’enfant doit suivre son grand-père en exil. Élevé dans la haine de la Révolution et l’ignorance de la France, il ne saura pas saisir l’occasion qui lui sera offerte de monter sur le trône en 1871.

Le Comte de Chambord dans les années 1840 par Adeodata Malatesta

En effet, après la chute de Napoléon III, alors qu’une restauration de la monarchie est envisagée, le Comte de Chambord refuse d’abandonner le drapeau blanc symbole de la royauté pour le drapeau tricolore, héritage de la Révolution Française, ouvrant ainsi la voie à une toute jeune Troisième République.

No Comments

Post A Comment